La Perm’ est morte, vive La Perm’ !

Le lundi 16 mars au soir, Emmanuel Macron annonçait que la France entrait en confinement. L’activité du pays était suspendue : l’économie, les relations sociales, l’administration publique, l’école, la culture. Tout s’est arrêté, la France fermait boutique. Sidération totale.

Certes, tout ne s’était pas vraiment arrêté. Les services publics essentiels poursuivaient leur activité, quoique réduite, et les services de santé et de l’agroalimentaire aussi. Mais c’est une activité en particulier qui maintenait sa marche : l’action politique. Le chef de l’État présentait un discours martial face à l ‘épidémie, le gouvernement restreignit les libertés publiques, dérogeait au droit du travail, préparait un nouvel état d’urgence….

Face à cette situation d’exception, unique dans l’Histoire de l’humanité, où plus de la moitié de la population mondiale s’est retrouvée confinée, où le pays où nous vivons entrait « en guerre », nous avons dû prendre nos responsabilités. Paroles d’Honneur, média politique et décolonial, a décidé de mettre en place un « Journal politique du confinement ». C’est ce à quoi s’est attachée notre nouvelle formule, « La Perm' ».

Tous les deux jours et jusqu’à quatre fois par semaine, pendant toute la période du confinement, La Perm’ a organisé des débats en visioconférence pour traiter au maximum des diverses implications politiques de l’épidémie de Covid-19 : crise du capitalisme, déstabilisation des régimes du Maghreb, de l’Afrique noire et du Moyen-Orient, violences policières exacerbées, responsabilité du gouvernement, dénonciation du rapport moderne à la Nature, etc. Au total, plus de cinquante invités, d’origines le plus diverses, ont été reçus sur nos ondes : économistes, sociologues, militants politiques, médecins, imams, syndicalistes, députés, journalistes, psychiatres, philosophes…

Fort de son activité politique depuis plusieurs années déjà, Paroles d’Honneur connaît la place centrale de la stratégie politique pour avoir une influence sur le cours des choses. Aussi, nous avons tenu, pour chaque émission, à recueillir l’avis de nos invités sur la stratégie à mener au moment du déconfinement pour que, si rien ne sera plus comme avant, tout devra être mieux qu’avant.

Ce jour du déconfinement est arrivé. La Perm’, journal politique du confinement, n’a plus lieu d’être. Cependant, la crise sanitaire se poursuivant et les restrictions aux libertés avec, Paroles d’Honneur n’est toujours pas en mesure de reprendre son activité radio habituelle. C’est pourquoi nous avons décidé de maintenir l’activité de La Perm’ pour prendre le relais de PDH Radio le temps que l’épidémie s’achève.

Dans les cendres de sa renaissance, La Perm’ a ouvert un « Livret politique du jour d’après ». Celui-ci répertorie l’intégralité des propositions faites par nos invités sur les actions à mener immédiatement à la suite du déconfinement. Vous pourrez retrouver ce livret ci-après.

La Perm’ est morte, vive La Perm’ !

—– LIVRET POLITIQUE DU JOUR D’APRÈS—–

Paroles d’Honneur ambitionne d’être une force de propositions pour bâtir un monde d’après décolonial. Ce livret, organisé en huit chapitres thématiques, regroupe les pistes proposées par nos invités de ces deux derniers mois sur les actions concrètes à mener pour soutenir la lutte.

 ORGANISATION

– s’organiser politiquement autour des questions relatives à nos quartiers et à nos populations (Amal Bentounsi, militante antiraciste)

– multiplier les luttes/solidarités entre les mouvements des quartiers, de l’immigration, associations musulmanes (Yamin Makri, militant associatif) ; multiplier les solidarités, pour faire un front commun dans le rapport de force (Antonin Bernanos, militant antifasciste ; Jean-Marc Rouillan, militant antifasciste et ancien prisonnier) ; se coaliser pour peser dans le rapport de force (Patrick Simon, socio-démographe) ; maintenir les liens développés pendant le confinement pour reconstituer notre force collective (Ugo Palheta, sociologue)

– élargir les luttes au niveau européen -France, Belgique, Pays-Bas, etc.- (Nordine Saidi, militant décolonial)

– mettre en commun, entre les différentes organisations, des réflexions et actions (Azzédine Taibi, maire de Stains)

– organiser des assemblées générales, dans les entreprises, universités, quartiers, pour dresser le bilan et les perspectives de lutte (Axel Persson, syndicaliste CGT)

– mobiliser les salariés sur le terrain, notamment en activant les CSHCT -pour garantir la sécurité sur les lieux de travail- et en se mettant en grève (Danièle Obono, députée LFI)

– se mobiliser politiquement pour être prêt à encaisser la « contre-révolution » -même s’il n’y a pas eu de révolution- (Norman Ajari, philosophe)

– saisir l’opportunité de la politisation de la société pour élargir la base sociale de nos organisations (Julien Talpin, sociologue)

– se retrouver entre frères et sœurs de lutte à l’occasion d’un nouveau Bandung (Nordine Saidi) ; passer du temps entre militants (Ugo Palheta)

– s’appuyer sur la crise actuelle pour renforcer nos luttes déjà en cours (Khadija Senhadji, militante décoloniale)

– centraliser les initiatives pour reprendre confiance afin d’aller manifester dans la rue (Ugo Palheta)

 MASSES

 Propagande

– s’informer et produire du savoir (Danièle Obono) ; accumuler des arguments de changement de modèle économique pour que les masses se les approprient (Daniel Tanuro, agronome)

– investir l’hégémonie sur la base de l’envie de « joie » des gens lors du déconfinement -festivals, meetings, etc.- (Mohamed Bensaada, militant des quartiers Nord de Marseille)

– utiliser les réseaux sociaux comme vecteurs de protestation (Rony Brauman, médecin)

– construire un discours qui rompt avec la politique antérieure et concomitante au confinement (Omar Radi, journaliste)

– s’appuyer sur :

• la politisation de la société (Mehdi Meftah, militant du PIR ; Ludivine Bantigny, historienne)
• la méfiance envers le gouvernement (Mehdi Meftah)
• les solidarités nouvelles qui se sont tissées (Mehdi Meftah)
• la conscientisation que « rien ne sera plus jamais comme avant » (Ludivine Bantigny)
• la mise en visibilité de pans du salariat autrefois raillés (Ludivine Bantigny)

Solidarités locales

– soutenir les solidarités locales, telles que la fabrication et le partage de matériel (Rony Brauman) ; partager les actions de solidarités locales (Jérôme Martin ; Azzédine Taibi) ; renforcer les solidarités dans les quartiers populaires, comme le don de soi ou le don de denrées alimentaires (Zouhair Lahna, chirurgien et médecin humanitaire)

– agir chacun à son niveau sans se reposer sur les autres (Feïza Ben Mohamed, journaliste)

– soutenir l’application UVP -Urgence Violences Policières- (Yamin Makri)

– revendiquer la régularisation immédiate de tous les sans-papiers (Claude Serfati, économiste)

– accueillir des migrants chez soi (Fatiha Khettab, militante associative et humanitaire)

– participer à des maraudes (Fatiha Khettab)

– donner de l’argent aux prisonniers (Fatiha Khettab)

– écouter les personnes fragilisées pour identifier leurs priorités (Rokhaya Diallo, journaliste et militante antiraciste)

 IDÉOLOGIE

– lutter pour que l’après-covid soit positif et pas négatif, car il peut tout aussi bien être l’un ou l’autre (Ghassan Hage, anthropologue)

– prolonger la suspension économique par des réflexions théoriques sur un nouveau modèle de société (Frédéric Keck, anthropologue)

– repenser notre société et notre mode de vie, pour que la notion d’ « humain » redevienne centrale (Azzédine Taibi)

– revoir nos priorités dans cette vie, la mort étant inéluctable (Abdelmonaim Boussenna, imam) ; se rapprocher de nos familles (Abdelmonaim Boussenna)

– trahir, au sens de Jean Genet, l’inertie d’appartenance à une classe/nation, qui nous conduit à être tous défenseurs de l’ordre établi (Aurélien Barrau, astrophysicien)

– éviter le retour à la normale, en bifurquant vers une trajectoire écologique-sociale-démocratique (Danièle Obono)

 ÉCONOMIE

– militer pour que la santé soit placée hors du marché (Daniel Tanuro)

– faire en sorte que l’argent soit pris là où il est (Daniel Tanuro) ; obliger à une meilleure redistribution des richesses (Julien Talpin)

– occuper les entreprises, pour que les lieux de travail deviennent le lieu de la souveraineté des salariés et plus celui de la dictature des actionnaires (Bernard Friot, sociologue et économiste)

– refuser toutes les logiques d’austérité (Cédric Durand, économiste) ; se remobiliser contre le néolibéralisme (Omar Benderra, économiste) ; refuser l’idéologie selon laquelle on devra « se serrer la ceinture » (Mehdi Meftah)

– garantir un emploi pour tous (Bruno Gaccio, scénariste et producteur TV) ; les banques centrales devront s’efforcer de maintenir l’emploi et pas de maintenir la finance (Cédric Durand)

– réinvestir dans les services publics (Julien Talpin) ; redévelopper les services publics par la planification (Cédric Durand)

– repenser nos rapports à l’écologie en « calmant » l’économie (Abdelmonaim Boussenna)

 SANTÉ

– manifester, aux côtés des soignants, pour améliorer le système de santé (Mathieu Bellahsen, psychiatre)

– développer les diversités d’approche, en matière de soins, selon les communautés (Véronique Clette-Gakuba, chercheuse en sociologie)

– centraliser et partager les plaintes des soignants contre la manière dont le gouvernement a géré la crise (Martin Vander Elst, chercheur en anthropologie)

 ANTI-IMPÉRIALISME

– revitaliser les mouvements anti-impérialistes et de solidarité internationale (Hajar Alem journaliste ; Nicolas Dot-Pouillard, chercheur en sciences politiques)

– investir davantage les questions internationales (Mehdi Meftah)

– s’opposer aux sanctions économiques contre l’Iran, la Syrie, le Yémen, Cuba, le Venezuela (Hajar Alem) ; s’opposer aux sanctions économiques contre l’Iran (Nicolas Dot-Pouillard)

– soutenir les élans révolutionnaire déjà présents dans le monde -comme le Hirak- (Hèla Yousfi, maître de conférences)

– se mobiliser, notamment au niveau européen, contre les politiques néocoloniales (Georges Corm, historien, économiste et homme politique)

– démanteler la France-Afrique (Georges Corm)

➡️ Palestine

– se tenir informés sur la situation en Palestine ; diffuser la parole des Palestiniens, et en particulier celle des gazaouis (Layla Damiri, militante palestinienne) ; rendre complice de l’occupation de la Palestine (Samah Jabr, psychiatre)

– soutenir le respect du droit international, et en particulier le droit des peuples à l’autodétermination (Layla Damiri) ; développer une solidarité avec les palestiniens, mais tout en respectant leurs choix et capacités d’agir par eux-même (Samah Jabr)

– participer au mouvement BDS -Boycott, Désinvestissement, Sanctions-, notamment en ce qui concerne les dattes, les avocats et les médicaments de la firme TEVA (Layla Damiri)

– manifester pour la cause palestinienne (Layla Damiri) ; interpeller les élus et les célébrités sur la cause palestinienne (Layla Damiri) ; traduire la solidarité populaire envers la Palestine au niveau des responsables politiques (Samah Jabr)

 ISLAM

– se mobiliser activement pour la question funéraire -carrés musulmans, rapatriement des dépouilles-, et plus largement pour toutes les questions qui touchent les musulmans -écoles, mosquées, protection des imams- (Marwan Muhammad, militant associatif)

– encourager l’auto-organisation des musulmans (Elias d’Imzalène, fondateur du site Islam&Info ; Pr. Mourad Hamza, imam)

– dénoncer les lois islamophobes de 2004 et de 2010 (Elias d’Imzalène)

– soutenir l’éveil religieux (Feïza Ben Mohamed)

– combattre les « figures » musulmanes alliées du pouvoir pour améliorer notre représentation (Feïza Ben Mohamed)

 INSTITUTIONS POLITIQUES

– voter aux élections politiques (Danièle Obono) ; voter aux élections pour les listes autonomes et des personnes qui nous représentent véritablement (Amal Bentounsi)

– ordonner la dissolution de l’Assemblée nationale (Mathieu Bellahsen)

– pointer la responsabilité de l’État (Azzédine Taibi) ; relayer les témoignages de soignants sur les carences de l’État (Jérôme Martin, militant)

– interpeller les hommes de pouvoir sur les réseaux sociaux (Jérôme Martin)

– mobiliser le droit – plaintes pour mise en danger de la vie d’autrui, droit de retrait, etc.- (Martin Vander Elst)

 

L’équipe de Paroles D’Honneur