La crise du coronavirus et ses conséquences tant sanitaires que politiques sur déjà plus d’un milliard de personnes doit être analysée comme une faillite majeure de la civilisation moderne. Si pour les esprits les plus lucides la catastrophe devait arriver sous une forme ou une autre : nucléaire, financière, écologique ou pandémique, celle-ci sidère par sa capacité inédite à stopper le cours de l’histoire et à ébranler toutes les certitudes. Certes, nous sommes de plus en plus nombreux en France comme dans le monde à prendre conscience de la folie d’un système qui n’a de cesse de saccager la vie sous toutes ses formes : les peuples du Sud, victimes de guerres atroces, affamés ou terrorisés par des Etats autoritaires et cupides sont en révolte permanente et se mobilisent par millions, les peuples du Nord se réveillent petit à petit à mesure que le néolibéralisme menace leurs acquis et leur confort tant social que politique, la prise de conscience d’une planète que l’homme moderne a épuisée se fait de plus en plus aigüe, l’individualisme marchant comme seule utopie commence à faire long feu… Le genre humain est menacé comme il ne l’a jamais été au cours de l’histoire. Et voilà, qu’un microbe – « un petit machin » – vient accomplir ce que des millions de citoyens n’ont pas réussi à obtenir dans la rue : non seulement stopper l’activité économique à une échelle encore inimaginable il y a à peine un mois mais ramener l’humain à sa juste mesure.

En tant que militants décoloniaux, si nous sommes réellement frappés par la sidération, elle est néanmoins amortie par notre savoir militant et notre condamnation déjà ancienne de la modernité capitaliste. Elle est également amortie par notre conviction profonde qu’il faut mettre fin à cette « civilisation de la mort ». Nous sommes déjà nombreux à pleurer les morts et le seront encore plus dans les jours qui viennent. Néanmoins, il nous faut refuser de considérer ce virus comme seul responsable de la disparition prématurée de ces sacrifiés. Le Covid 19 pointe au contraire l’une des plus grandes défaillance de l’Etat, il désigne les responsables : La mondialisation capitaliste, l’Europe, les gouvernements qui nous dirigent et leur soumission à la logique du marché.

A ce titre, il est impératif de considérer le virus non comme une simple fatalité mais comme une aubaine pour réfléchir et anticiper l’après du mieux que nous pouvons.

Ne soyons pas dupe : le cynisme du pouvoir ne s’arrêtera pas avec la fin de la pandémie. Quant à la « prise de conscience » de Macron sur les méfaits du marché, elle ne doit pas nous envouter. Nos luttes ont commencé bien avant cette crise et forment déjà une base qu’il s’agit de consolider pour préparer l’avenir : Remise en cause de la toute puissance occidentale, remise en cause de l’économie libérale, remise en cause de l’Europe, remise en cause de l’Etat raciste et policier, remise en cause du système éthique de la modernité…

C’est pourquoi nous avons décidé de lancer un journal politique du confinement intitulé « La Perm ! ». Ce ne sera pas un journal de l’atermoiement, de la complainte ou des petites astuces pour tromper l’ennui, mais un journal de combat : certes nous sommes confinés et dépourvus de notre capacité d’agir, mais pas privé de notre capacité de réflexion collective, de critique et d’anticipation.

Avec cette émission, diffusée en live sur notre page facebook, nous vous proposons de nous retrouver plusieurs fois par semaine, avec un ou plusieurs invités, pour analyser et discuter ensemble de toutes les problématiques politiques que cette pandémie soulève. Nous disons « ensemble », car nous savons que dans des périodes comme la nôtre, où nous sommes tous enfermés chez soi, le besoin d’échanger, de discuter, d’interroger, devient encore plus pressant. Cette émission se veut donc interactive, nous souhaitons aussi donner la parole à notre public. Ainsi, après un court entretien avec l’invité, nous ouvrirons la discussion et vous pourrez intervenir, pour poser des questions, ou faire des remarques, afin d’enrichir l’échange et de découvrir ensemble de nouvelles manières de lutter.

Toute l’équipe de Paroles d’honneur se mobilise pour faire vivre ce journal jusqu’à la fin de la crise sanitaire. Restez branchés. L’avenir c’est maintenant!